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Que de souvenirs s'éveillent en chacun ou chacune d'entre nous
à ce mot « école » !
Pour la génération d'après 1944, celle qui vit se rouvrir
nos classes après la Libération, c'est tout un univers, bien différent
de celui que connaissent les enfants du XXIè siècle.
Ah ! notre première journée de classe ! La maternelle n'existait
pratiquement pas dans nos communes rurales et c'est à six ans que
l'on découvrait, le coeur serré, ce monde tout nouveau que nous
appréhendions souvent, quelques semaines avant la rentrée, immuablement
fixée au 1er octobre.
Chaque village avait en principe, une école de garçons et une école
de filles à classe unique de 6 à 14 ans. Nos départements étant
sous le régime du Concordat, les soeurs enseignantes, la plupart
de St. Jean de Bassel, étaient chargées de l'enseignement aux fillettes.
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Habillés de neuf, tablier noir pour les garçons, plus coloré
pour les filles, c'était l'entrée, bien en rang et en silence, dans
la salle de classe. Elle reste bien précise dans nos mémoires.
Sur l'estrade, bien surélevée, le bureau du maître
ou de la maîtresse, derrière lequel, sous le crucifix, l'emploi
du temps prévoyait, cours par cours, toutes les activités de la
semaine. N'oublions pas que le jeudi était immuablement le jour
de congé et que le samedi, nous quittions la classe à 16 heures.
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Près du bureau, le tableau noir où, chaque matin, le maître
ou la maîtresse inscrivait, de sa plus belle écriture, la date
et parfois une phrase illustrant la leçon de morale ou de religion
qui ouvrait la matinée.
A tour de rôle, nous avions le droit d'essuyer le tableau et
l'odeur de la craie se répandait, avec sa poussière fine, dans
la classe.
Le poêle à bois ou à charbon, souvent un gros Dietrich
en fonte, assurait le chauffage en hiver. Les élèves chargés de
cette corvée allaient chercher des brassées de bois dans le hangar
ou le grenier ou des seaux de charbon à la cave.
Deux rangées de bancs s'alignaient jusqu'au fond de la
salle, les plus petits à gauche, les plus grands à droite. Ils
comprenaient quatre places. La longue table pouvait parfois se
soulever et portait souvent des entailles faites par les écoliers
pour bien marquer leur territoire. Dans les trous, devant chaque
place, les encriers en faïence blanche remplis régulièrement à
la bouteille munie d'un bouchon verseur, permettaient aux élèves
d'y tremper leur plume. Le stylo à bille n'existait pas encore.
Le porte-plume en bois, les crayons de papier et d'ardoise, le
compas, la gomme, remplissaient le plumier en bois dont le couvercle
coulissant se bloquait parfois.
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Pour toute une ribambelle d'écoliers, la plume en acier «
sergent-major » permettait une belle écriture cursive, avec ses
pleins et ses déliés, à laquelle nous étions entraînés chaque jour
sur les lignes bien soignées de notre cahier.
Aux murs, la carte de France, une mappemonde, un tableau
représentant les unités de mesure du système métrique, des gravures
d'histoire remplissaient les surfaces assez tristes. Également,
pour les petits, des tableaux de lecture illustrant les lettres
de l'alphabet (le nid pour le i, le serpent pour le s ) et le boulier
pour les initier au calcul.
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L'armoire du fond contenait, dans chaque école, une balance
Roberval avec ses poids, un décamètre pliant, des mesures de capacités
et les livres de bibliothèque.
Quelques lampes à large abat-jour blanc assuraient l'éclairage.
Dans le couloir, une rangée de crochets permettait de suspendre
pèlerines et manteaux, bonnets et casquettes. Des bancs rappelaient
l'époque où les enfants y déposaient leurs sabots.
Les toilettes rudimentaires se trouvaient, la plupart du
temps, au fond de la cour, sans eau courante ni chasse d'eau.
Telles étaient nos écoles rurales où, pendant des décennies, se
succédèrent toutes les générations de la première moitié du XX°
siècle.
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